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liste_ygg - [liste_ygg] La Programmation Pluriannuelle de l'Énergie n°3 (PPE3), une carabistouille

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  • From: Yves Grosset-Grange <adresse@cachée>
  • To: adresse@cachée
  • Subject: [liste_ygg] La Programmation Pluriannuelle de l'Énergie n°3 (PPE3), une carabistouille
  • Date: Sat, 14 Feb 2026 23:35:49 +0100

Bonjour à tous.

Quelles énergies demain en France ? C'est pour planifier les investissements dans les divers segments de l'énergie que l'État se dote d'une "programmation pluriannuelle de l'énergie" (PPE). La 3ème PPE vient de sortir après énormément de tergiversations, donc avec un grand retard. La presse s'en est fait l'écho en expliquant que la stratégie qui en ressort est sous-tendue par la volonté (? hum) de réduire fortement la consommation globale d'énergies du pays, et par la priorité au nucléaire pour la décarbonation de notre économie.

L'association NégaWatt a publié à plusieurs reprises des scénarios qui vont dans le sens des économies d'énergies et de la sobriété, mais avec priorité aux renouvelables diversifiées, complémentaires. (voir sur le site https://www.negawatt.org/ )

Yves Marignac est à la fois le porte-parole de Négawatt et l'un de ses experts les plus compétents. Il a rédigé un commentaire sur la PPE 3, à la demande de L'Obs.
Tout en reconnaissant ce qui y est bon à prendre il nous éclaire sur l'esbrouffe que constitue cette PPE. Instructif !

Ce commentaire est en libre accès sur le site du journal.

Son texte complet figure ci-dessous, et vous pourrez le trouver plus lisible ici : https://www.nouvelobs.com/opinions/20260213.OBS112351/le-gouvernement-s-enferme-dans-la-preservation-a-tout-prix-de-l-heritage-nucleaire-avec-cette-ppe.html

Bonne lecture. Et bonne rediffusion si ça vous parle.
Cordialement.
Yves GG

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Opinions •  Energie
Tribune  Le gouvernement s’enferme dans la préservation à tout prix de l’héritage nucléaire avec cette PPE  Yves Marignac 
Publié le 13 février 2026 à 16h13,  mis à jour le 13 février 2026 à 16h26  Lecture : 5 min.
Yves Marignac, porte-parole de l'association negawatt, analyse la Programmation pluriannuelle de l'Energie que l'exécutif vient de dévoiler.
La troisième Programmation pluriannuelle de l’Energie (PPE3) est enfin publiée. Attendue depuis deux ans et demi, elle devenait vitale pour les filières renouvelables. Elle va effectivement permettre d’engager rapidement les appels d’offre sur de nouveaux projets éoliens et photovoltaïques. Ce déblocage est à saluer. Pour le reste… Cette PPE, qui renvoie à une clause de revoyure en 2027, reflète malheureusement l’équilibre politique actuel. Peu cohérent, il ne permet pas de déployer un cadre opérationnel véritablement aligné avec les objectifs à long terme de la stratégie française énergie-climat. Pour commencer, la PPE répond à la trop grande lenteur des efforts de transition énergétique en France par une sorte de pensée magique. En effet, elle annonce que la part des énergies fossiles, qui représentent plus de 60 % de notre consommation d’énergie aujourd’hui, sera réduite à 40 % en 2030, et 30 % en 2035 ; les énergies décarbonées, soit le nucléaire et les renouvelables électriques et non électriques, verront à l’inverse leur part augmenter en proportion, passant d’environ 40 % aujourd’hui à 60 % puis 70 %.
Pour louable qu’il soit du point de vue de la décarbonation et de la souveraineté, cet objectif est malheureusement inatteignable dans un délai aussi court. On ne peut physiquement pas convertir 20 % de notre système énergétique en quatre ans, ni soutenir économiquement un tel rythme de transformation. On peut néanmoins tendre vers cela, et les leviers pour y parvenir sont connus : la sobriété et l’efficacité énergétique, pour maîtriser le volume global d’énergie nécessaire à l’économie française, et le développement des énergies décarbonées – c’est-à-dire, à l’horizon de la PPE, des renouvelables – pour chasser, dans ce volume maîtrisé, les énergies fossiles. Que dit donc la PPE de ces différents leviers ? Elle se montre d’abord ambitieuse, mais peu opérationnelle, sur la maîtrise de la demande. Les objectifs dans ce domaine sont renforcés, pour viser une baisse de 18 % de la consommation d’énergie finale d’ici 2030, et 27 % d’ici 2035. Une telle réduction ne peut être envisagé que via un effort massif d’efficacité et la relance d’un plan de sobriété, en se souvenant que les deux premiers, en 2022-2023, ont produit au moins la moitié des 10 % de baisse des consommations de gaz et d’électricité observées depuis. Malheureusement, si la PPE affirme donner la priorité à la sobriété et à l’efficacité énergétique, elle reconnaît que les mesures existantes ne suffiront pas, sans en proposer de nouvelles. Coup de frein au déploiement du photovoltaïque La PPE se montre au contraire peu ambitieuse là où elle se veut plus opérationnelle, sur le développement des renouvelables. Elle est certes accueillie avec soulagement, après la menace d’un moratoire sur ces filières. Mais elle assume un coup de frein au déploiement du photovoltaïque, et une sorte de coup d’arrêt pour l’éolien terrestre. L’éolien et le solaire représentent pourtant aujourd’hui 95 % des nouvelles capacités de production installées dans le monde. Ces filières ont fourni 30 % de l’électricité consommée dans l’Union européenne en 2025, le double d’il y a dix ans. Elles sont aujourd’hui les plus compétitives, et les plus rapides à déployer. Ce manque d’ambition de la PPE se mesure aussi dans l’omission de certaines options. Ainsi, aucun objectif n’est fixé sur le stockage de l’électricité, en particulier des batteries. Pourtant celles-ci, après des progrès considérables ces dernières années, offrent désormais la possibilité, démontrée en Australie ou en Californie, d’étaler quotidiennement la production des renouvelables variables pour former un ruban pilotable. Ce type d’évolution du système électrique ne semble pas envisagé.
Le nucléaire, socle de ce système, est justement le seul levier sur lequel la PPE se veut à la fois ambitieuse et opérationnelle. Cette priorité, l’emportant sur tout le reste, se manifeste à trois niveaux. Tout d’abord, la PPE projette, alors même qu’aucun nouveau réacteur ne verra le jour avant 2038 au plus tôt, une augmentation de la production nucléaire d’ici 2030. Celle-ci serait même plus forte, avec +60 à +100 TWh par rapport aux 320 TWh de 2023, que celle projetée pour les renouvelables, qui plafonne à +68 TWh. Or, si une telle hausse est possible, elle n’est pas garantie de façon pérenne, comme en témoignent les grandes variations annuelles des années passées, inclus la chute à 279 TWh en 2022 lors de l’épisode de corrosion sous contrainte – un type d’incident générique de sûreté dont le parc est d’autant moins à l’abri qu’il vieillit. Dans le même temps, alors qu’EDF souligne que la modulation de son parc, autrefois perçue comme une opportunité, est devenue une contrainte, le gouvernement l’invite à réduire cette modulation si nécessaire, ce qui pourrait conduire à écrêter davantage les énergies renouvelables. Prolongation du parc nucléaire Le deuxième point concerne justement le vieillissement du parc, qui atteint quarante ans de durée de fonctionnement en moyenne. Revenant sur les projections de fermetures de la PPE2, qui n’auront donc pas été respectées, la PPE3 acte au contraire une prolongation de l’ensemble des réacteurs à cinquante ans puis soixante ans. Celle-ci n’est pourtant ni acquise ni raisonnable. Pas acquise, parce que l’Autorité de Sûreté nucléaire et de Radioprotection (ASNR) n’a pas encore statué sur ce point, et parce qu’EDF n’a, selon la Cour des Comptes, réalisé à date qu’un tiers des 100 milliards d’euros au moins d’investissement nécessaires à la prolongation du parc à cinquante ans. Pas raisonnable, parce que comme l’a rappelé récemment l’ASNR, il faut anticiper la décroissance du parc pour ne pas être entraîné dans un vieillissement trop dangereux, sachant qu’il faudra au moins vingt ans, et plutôt trente pour fermer les 60 GW de ce parc sans compromettre la sécurité électrique. Le troisième, enfin, concerne les nouveaux réacteurs. La PPE confirme le projet de construction de 6 réacteurs EPR2, avec 8 de plus en option. Mais elle se cache derrière le devis de 2021, à 51,7 milliards d’euros, largement dépassé depuis, sur l’engagement d’un soutien financier massif de l’Etat, et sur un prix maximal garanti de 100 €/MWh pour prétendre que cette relance contribuera à la compétitivité française. Ce prix est pourtant le double de ce que demande l’industrie.

Ainsi, la PPE dessine un pays tiraillé sur sa stratégie énergétique. D’un côté, prise dans une sorte de version française du « mal hollandais » – ce phénomène de déclin industriel qui avait frappé les Pays-Bas après la découverte dans les années 1960 de grands gisements de gaz, et qui désigne par extension l’effet nuisible pour l’économie d’une trop forte rente naturelle –, la PPE s’enferme dans la préservation à tout prix de l’héritage nucléaire. De l’autre, la nécessité de la maîtrise de la demande et le potentiel des énergies renouvelables s’affirment.

Mais la fermeture de réacteurs étant devenue tabou, le gouvernement s’enferme dans une équation qu’il rend lui-même insoluble. Opposant le nucléaire comme limite aux renouvelables, il n’autorise celles-ci à croître que si la demande électrique s’envole, ce qui n’est possible qu’au prix d’un surdimensionnement incompatible avec les objectifs de soutenabilité et de compétitivité. En attendant, il préfère miser sur des hypothèses très optimistes pour le nucléaire que tirer tout leur potentiel des énergies éolienne et photovoltaïque. Entre la tentation du retour au « tout nucléaire, tout électrique » du siècle dernier et la projection dans un avenir décarboné et sobre dominé par les renouvelables, notre pays n’a pas encore choisi.

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

Par Yves Marignac



Yves MARIGNAC --
Association négaWatt
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  • [liste_ygg] La Programmation Pluriannuelle de l'Énergie n°3 (PPE3), une carabistouille, Yves Grosset-Grange, 14/02/2026

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