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[liste_ygg] Fwd: Annexion du Groenland : résister au chantage de Trump
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- Subject: [liste_ygg] Fwd: Annexion du Groenland : résister au chantage de Trump
- Date: Tue, 20 Jan 2026 14:44:12 +0100
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-------- Message transféré -------- Sujet : Annexion du Groenland : résister au chantage de Trump Date : Sun, 18 Jan 2026 20:06:09 +0000 De : Gabriel Zucman <adresse@cachée> Répondre à : Gabriel Zucman <adresse@cachée> Pour : adresse@cachée
Annexion du Groenland : résister au chantage de Trump Afin de bloquer les projets impérialistes du locataire de la Maison Blanche, l’Union européenne doit innover et instaurer des droits de douane sur les oligarques américains.
Vous avez reçu cet e-mail car il a été transféré ? Inscrivez-vous ici pour en découvrir plus À la poursuite de la richesse et du revenu, présent et passé, onshore et offshore. Annexion du Groenland : résister au chantage de Trump Afin de bloquer les projets impérialistes du locataire de la Maison Blanche, l’Union européenne doit innover et instaurer des droits de douane sur les oligarques américains. Gabriel Zucman janv. 18
LIRE DANS L'APP Même si le projet d’annexion du Groenland s’inscrit dans la longue histoire de l’impérialisme, la situation actuelle est à bien des égards inédite, tant en raison de l’imbrication économique de l’Europe et des États-Unis que par le caractère sui generis du locataire de la Maison Blanche. Personne ne possède la solution aux problèmes épineux posés par l’expansionnisme trumpiste. Il faut donc commencer par faire preuve d’humilité. Il faut ensuite bien comprendre les intérêts à l’œuvre derrière l’ambition nourrie par le président américain de s’approprier le territoire autonome danois. Il n’y a aucune appétence, au sein du peuple américain, pour une annexion du Groenland. Ce projet ne parle pas à grand monde, pas même au sein du camp républicain. Différence fondamentale avec l’enlèvement de Maduro : il ne s’inscrit pas dans une bataille idéologique à même de rassembler la droite américaine. Là où le président de la République bolivarienne du Venezuela faisait figure d’épouvantail mobilisateur, le Danemark demeure un fidèle allié des États-Unis. Il faut donc regarder ailleurs. Dans un article fouillé publié dans The New Republic, Casey Michel résume bien les forces motrices à l’œuvre, qui, pour la plupart, se trouvent dans la sphère économique : l’appétit des sociétés extractives américaines pour le riche sous-sol groenlandais ; les investissements qu’y ont déjà réalisés des magnats de la tech et de Wall Street proches de Trump ; le fantasme libertarien d’y voir fleurir une zone de dérégulation soumise aux seules lois du capital. Les États-Unis ont déjà connu une ère où la concentration des richesses domestiques s’accompagnait d’un expansionnisme international. C’était le Gilded Age (1870-1913), âge d’or des grandes fortunes mythifié par Trump, qui fut aussi celui du colonialisme états-unien, avec l’annexion d’Hawaï, de Porto Rico, de Guam et des Philippines. À Hawaï, l’annexion fut directement ourdie par les « barons du sucre » américains, qui prétextèrent de soi-disant intérêts géostratégiques supérieurs (le contrôle de mers adjacentes) pour justifier le rattachement aux États-Unis de ces îles du Pacifique. Il ne s’agit certes pas de minorer les autres facteurs explicatifs de l’impérialisme, mais il n’y a, de fait, rien de surprenant à ce que l’exaltation des passions inégalitaires, de l’affairisme et de l’extractivisme finisse invariablement par déborder au-delà des frontières. À cet égard, la différence principale entre l’ère du trumpisme et le Gilded Age n’est pas de nature ; elle n’est que de degré. En 1910, au sommet du Gilded Age, les 0,00001 % les plus riches possédaient en patrimoine l’équivalent de 4 % du revenu national américain. Aujourd’hui : plus de 12 %.
Lecture : ce graphique montre l’évolution du patrimoine des 0,00001 % des Américains les plus riches (soit les 19 plus grandes fortunes du pays en 2025 et les 4 plus grandes fortunes en 1913), exprimé en pourcentage du revenu national des Etats-Unis. Source : Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, voir https://gabriel-zucman.eu/files/SaezZucman2020JEP.pdf Que faire ? Ici, l’Histoire se révèle d’un moindre secours. Car les mouvements anti-impérialistes échouèrent à stopper la soif de conquête coloniale, aux États-Unis et plus encore en Europe, spirale qui déboucha sur la conflagration de la Première Guerre mondiale. Aucune solution ne nous est donnée clé en main : il nous faut innover. L’approche la plus prometteuse consiste à instaurer un « protectionnisme anti-oligarchique », à même de solidifier un large front anti-impérialiste englobant les opposants américains à Trump et les peuples des pays qu’il poursuit de sa vindicte. Trump a voué de s’emparer du Groenland, de gré ou de force. Prétextant le « déploiement » de quelques soldats européens, il menace désormais huit pays (France, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Suède, Finlande, Danemark et Norvège) de barrières douanières de 10 % dès le 1er février, taux qui serait porté à 25 % en juin. Contre l’impérialisme, il faut s’attaquer à l’oligarchie. Et il faut s’y attaquer unis. Concrètement, l’Union européenne devrait riposter au chantage de M. Trump en annonçant des contre-mesures ciblées sur les oligarques américains. Il s’agirait de conditionner l’accès à l’immense marché européen — par les milliardaires eux-mêmes et les entreprises qu’ils possèdent et dont ils tirent leur richesse — au paiement d’un impôt sur la fortune : un « tarif » pour oligarques. Si Elon Musk, par exemple, souhaite continuer à vendre des Tesla en Europe, alors il devrait lui-même s’acquitter de ce tarif, sous peine de voir l’accès de Tesla au marché européen révoqué. La même mesure serait mise en œuvre pour tous les autres milliardaires américains. Il n’y a guère d’obstacle technique. Les autorisations d’accès au marché de l’UE seraient simplement conditionnées au fait, pour les entreprises multinationales étrangères, d’avoir (i) identifié leurs actionnaires principaux et (ii) remis un certificat attestant le paiement du nouveau « tarif » dû par ces derniers. Disons-le clairement : ce protectionnisme anti-oligarchique se justifierait même en l’absence de toute menace sur le Groenland, et pour toutes les multinationales et tous les milliardaires du monde entier, pas seulement américains. Mais les tensions provoquées par l’expansionnisme trumpiste doivent servir de catalyseur à la mise au point de ce nouveau système, qui constitue la perspective la plus prometteuse de réécriture des relations économiques internationales. Cette approche semble également préférable aux alternatives. Ne pas riposter ouvrirait la voie à la poursuite d’un chantage sans fin. L’Union européenne pensait, en acceptant le diktat commercial de Trump à l’été 2025 (c’est-à-dire subir des droits de douane de 15 % sans aucune contre-mesure), s’en sortir pour solde de tout compte. Erreur : l’extorsion trumpiste ne connaît aucune limite. Les instruments existants — dont le fameux « mécanisme anti-coercition » — ont un rôle à jouer pour signaler la volonté européenne d’assumer un rapport de force. Il est essentiel que l’Europe donne à voir sa détermination : en progressant dans la création d’un marché des eurobonds, en forçant les entreprises de la tech à payer leur juste part d’impôt, etc. Mais le protectionnisme anti-oligarchique a l’immense mérite de créer un double front, intérieur et extérieur, contre M. Trump. C’est cette réponse ferme mais ciblée qui est la plus à même d’éviter que l’administration américaine ne parvienne à exploiter le ressentiment nationaliste pour rallier une plus grande partie du peuple américain à ses projets funestes. Reste enfin le risque que Trump choisisse, en représailles, d’abandonner tout soutien américain à l’Ukraine — chantage qui avait joué un rôle décisif dans la décision européenne de ne pas riposter aux droits de douane américains du printemps 2025. La solution à ce dernier défi n’a pas changé depuis le début du conflit. L’Europe doit abandonner ses dogmes, assurer elle-même sa défense et mener la guerre économique contre le pouvoir russe : créer le cadastre financier européen permettant d’identifier les avoirs des oligarques russes ; saisir ces derniers ; et taxer les grandes fortunes européennes pour financer l’effort de défense. Les mots du Manifeste de Ventotene sonnent aujourd’hui plus impérieusement que jamais : « C’est aujourd’hui qu’il faut savoir se débarrasser des vieux fardeaux devenus encombrants, se tenir prêt à accueillir les nouveautés qui se présentent et qui sont si différentes de tout ce qu’on avait pu imaginer, qu’il faut savoir rejeter ceux des anciens qui se révèlent ineptes ». Je suis économiste, professeur à l’École normale supérieure et à l’Université de Berkeley (Californie). Je dirige l’Observatoire européen de la fiscalité. Mes recherches portent sur l’accumulation, la répartition et la taxation des fortunes, dans une perspective historique et mondiale. Depuis plus de 17 ans mon travail consiste à cartographier la richesse, à étudier les paradis fiscaux, à décortiquer les dynamiques d’évasion et de concurrence internationales. Et à essayer d’imaginer de nouvelles formes de coopération, pour une planète plus juste. N’hésitez pas à partager cette newsletter autour de vous. 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